TSL : Darren Tulett quitte Canal+… Quel coup de tonnerre pour tous les fans de foot en France !


Darren Tulett : Je ne sais pas si c’est une nouvelle aussi importante que ça, mais effectivement après dix années passées à Canal+ j’ai décidé de tourner la page. Une vraie tranche de vie, qui me laisse globalement d’excellents souvenirs. Après avoir signé mon premier CDI grâce à Michel Denisot, je rejoins Charles Biétry et son nouveau projet. Quand on connaît le parcours de ces deux hommes, j’aurai pu tomber plus mal non ?

 

TSL : Cette décision reste surprenante.


DT :  Sans doute surprenante pour certains, mais après dix ans, le moment était probablement venu de passer à autre chose. Je dois évidemment beaucoup à Canal, qui m’a permis de passer de la presse écrite à la télé. J’ai également conscience de l’audace voire du courage qu’il a fallu à Hervé Mathoux pour réunir autour de lui une bande de novices et lancer sa version de l’Equipe du Dimanche. Sans lui, sans Canal je n’aurai sans doute jamais été adopté par le public français. Je suis très reconnaissant aux personnes qui ont cru en moi… plus qu’en mes vestes d’ailleurs ! J’en profite pour les remercier ici, sans oublier les collègues et les équipes avec qui j’ai travaillé sur des émissions comme Fabulous Sport ou Match of ze Day.

 

TSL : Pourquoi partir dans ce cas ? Est-ce un coup de tête ?


DT : C’est tout sauf un coup de tête ! Je n’agis jamais sans réfléchir d’ailleurs et encore moins lorsqu’il s’agit de quitter une maison comme Canal. Mais comme tout un chacun, j’ai senti arriver un moment où il fallait me poser les bonnes questions. Où je me voyais les dix ou quinze prochaines années ? En travaillant sur quels projets ? Comment donner suite à certaines de mes envies ? Toucher à autre chose qu’au football par exemple ? Bref, une sorte de bilan intermédiaire. J’avoue que l’hiver dernier, j’ai cru percevoir quelques signaux à Canal qui me fermaient sans doute ce genre de perspectives. Mon tempérament n’étant pas de renoncer, ni de me buter, j’ai décidé d’observer et d’être plus attentif à ce qui se passait autour de moi. Dans le PAF comme on dit en France !

 

TSL : C’est comme ça que vous avez décidé de rejoindre Al Jazeera ?


DT : Non pas aussi directement. J’ai été en contact avec plusieurs media français et anglo-saxons intéressés par mon profil. Rien qui ne me donne envie de quitter Canal pour autant, jusqu’au moment où l’occasion m’a été donnée de rencontrer Charles Biétry. Je n’ai évidemment pas sa carrière, mais en dix ans nous n’avions jamais eu l’occasion de nous croiser et encore moins de travailler ensemble. C’était plutôt amusant de faire connaissance dans ces conditions. J’ai appris qu’avant Canal lui non plus n’avait jamais fait de télé, comme l’ensemble de ses collègues à l’origine de la chaîne. Seul Michel Denisot était un "pro" du petit écran à l’époque. La fraîcheur et la passion avec lesquelles Charles a parlé de ses expériences passées ont également compté.

 

TSL : De quels arguments Charles Biétry a-t’il donc usé pour vous convaincre ?


DT : Ce ne sont pas vraiment des arguments en particulier, mais plutôt un ensemble de choses. Il avait déjà clairement réfléchi au rôle que je pouvais tenir dans son projet de chaîne, tout en laissant aussi une part à ma créativité et aux idées que je pouvais apporter. En préambule, il m’avait également précisé « si c’est te faire venir chez nous pour jouer à l’anglais de service avec un chapeau melon devant la gare de Waterloo, ça ne m’intéresse pas ». Ce qui correspondait plutôt bien avec mon état d’esprit du moment et à mon plan de carrière. Nous avons pu échanger directement et indirectement durant plusieurs mois, en prenant le temps de nous découvrir. Dès le début, le feeling a été excellent. D’un point de vue personnel, l’idée de pouvoir être associé à la mise en place d’un tel projet est une vraie opportunité! Charles le dit lui même. La vie lui offre une seconde fois la possibilité de créer une chaîne de télé. Plus modestement, j’ai connu une aventure similaire en presse écrite, à mes débuts chez Bloomberg. Et quand je vois ce que cette agence est devenue, je me sens conforté dans le choix que je fais aujourd’hui !

 

TSL : Peut-on également parler d’une motivation financière ?


DT : Les anglais ont moins de tabou sur cet aspect que les français (rire). Et même si je suis devenu français depuis tout ce temps, parler d’argent ne me dérange toujours pas. Pour autant, dans le cas présent, le côté pécuniaire n’a été évoqué qu’en toute fin de discussion. Ce n’est qu’après avoir dessiné les contours du projet que nous avons parlé chiffres. Evidemment l’argent compte, mais ça n’a pas été le critère prioritaire dans mon choix. Pour preuve, je n’ai même pas essayé de négocier une quelconque revalorisation avec Canal+.

 


TSL : Le projet d’Aljazeera doit vraiment être très séduisant alors ?


DT : Quand vous regardez la liste des droits acquis à ce jour, auxquels s’ajoutent les probables à venir, il sera très difficile de faire mieux en France ! Le public n’a sans doute pas encore conscience de ce que seront ces deux chaînes de sport, mais il y aura incontestablement un avant et un après ! Mais au-delà du quantitatif, il y a surtout des méthodes et une approche très anglo-saxones dans lesquelles je me retrouve totalement.

 

TSL : Un exemple ?


DT : Souvent, la mentalité française vous cloisonne. On vous colle volontiers des étiquettes. La mienne c’est un peu l’anglais de service qui porte des chemises bizarres. Et même si ce n’est plus le cas depuis bien longtemps déjà, il n’est pas rare que l’on me parle encore de ces « vieilles » chemises. Or là, on me propose de progresser dans mon métier, de toucher à d’autres univers sportifs et même d’être associé à de prestigieux événements nationaux ou internationaux. Bref de m’éclater vraiment dans ce que j’aime, tout en apportant mes idées et points de vue ! Dans ce projet, il existe également des passerelles qui vont me conduire, pour la première fois, à faire ce métier dans ma langue maternelle. C’est important aussi dans une vie de pouvoir revenir aux sources.

 

TSL : Justement, quel sera votre rôle exact dans ces nouvelles chaînes?


DT : Là, je vous laisse le soin de poser la question à notre chef d’orchestre ! Charles saura mieux que quiconque vous dire qui fera quoi dans cette fabuleuse aventure…

 

TSL : Vous bottez en touche là !


DT : Non pas du tout. Mais je crois qu’il lui revient de dévoiler son bébé le moment venu. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il a réussi à me convaincre de le suivre et de l’accompagner dans ce projet. Après tout ce que je viens déjà de vous dire, vous pouvez commencer à imaginer les contours de mon rôle. Et je ne manquerai pas de vous tenir informés !


TSL : Vous allez donc un peu disparaître de notre quotidien ? Une première depuis votre entrée à Canal Plus. L’antenne ne risque-t’elle pas de vous manquer ?


DT : Vous savez, le temps va passer très vite d’ici à notre lancement. Donc je ne pense pas avoir ce sentiment d’autant que je n’occupais pas l’écran au quotidien. Et puis rien ne dit que d’ici là, on ne puisse pas me lire ou m’entendre ailleurs… Je vous parlais de certaines envies, d’explorer d’autres univers jusque là fermés.

 

TSL : La radio ? La presse écrite ? Le web ?


DT : Vous êtes décidemment très curieux (rire) ! Je ne me ferme aucune porte. La radio m’a toujours attiré. Avec l’Euro, la fin des différents championnats de foot - dont la Premier League que je ne compte pas perdre de vue - et les JO se déroulent chez moi à Londres, il y aura forcément de belles opportunités dans les prochaines semaines. Je ne m’interdis rien. Surtout pas de me faire un peu plaisir avec des projets sympas. Mais je sais aussi que l’ampleur de la tâche qui m’attend avec Aljazeera ne me laissera pas beaucoup de liberté en dehors. Bref, il sera toujours temps de faire les bons choix ! Quoi qu’il arrive, je garderai un lien avec le public. Je sais que ça peut faire cliché, mais pour le petit anglais de Brighton que je suis, la reconnaissance que le public français m’accorde me touche vraiment. Nous connaissons les rivalités entre français et anglais et si je peux participer un peu à l’entente cordiale, je suis le plus heureux des hommes. L’Ambassadeur britannique à Paris lui-même m’a récemment complimenté sur le rôle que je joue dans le rapprochement de nos peuples ! Même si je ne prends pas tout ceci trop au sérieux,  c’est une vraie fierté. Ce changement est une occasion de remercier tous les fans que je rencontre au gré de mes déplacements en France et des messages de sympathie reçus. J’espère que cette histoire d’amour ne fait que commencer. Malgré les apparences, je suis un petit peu français. God save la France !

TSL : And god save Darren ! Rendez-vous est pris Mister Tulett…

 

Gardez le contact avec Darren sur Twitter @1DarrenTulett

Entretien exclusif accordé à www.totallysportsinlondon.com
©Tous droits réservés Février 2012