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TSL numero 8

TSL #8 avec Serge Betsen

Le statut d'Henry!

L’histoire du sport est jalonnée de légendes. Plus ou moins fortes. Plus ou moins authentiques. Sorte de relais intergénérationnels, ces récits prennent souvent une ampleur bien supérieure à l’événement d’origine. Comme si chaque narrateur voulait apporter sa contribution à l’exploit.

C’est le propre du fan, qui vit pour ces moments avec excès. Ces parenthèses durant lesquelles le temps semble suspendu. Ces respirations qui font accepter des existences ordinaires ou difficiles. L’extraordinaire est rare. Il en devient précieux. A tel point que nous avons besoin d’honorer nos héros, d’immortaliser leur génie.

Récemment, les gunners ont mis à l’honneur trois de ces héros autour de l’Emirates Stadium. Trois légendes donc, qui ont marqué l’histoire du club et enchanté des millions de supporters à travers le monde. Les statues de Herbert Chapman, Tony Adams et Thierry Henry se dressent fièrement aux portes du stade (voir par ailleurs).

Mais cette fois l’Histoire a rattrapé l’histoire. Thierry Henry est venu à Londres pour inaugurer son double de bronze durant les vacances. Visiblement très ému de se voir ainsi reconnu, il décide dans la foulée de rempiler avec les gunners. Pour une simple pige. Juste quelques semaines de maintien en forme. Un coup de main réciproque, clin d’oeil au passé et à sa complicité avec Arsène.

Henry a décidé de terminer sa carrière à New York. Mais il est conscient que son Everest reste bel et bien londonien. En partie ici à l’Emirates, et surtout à quelques centaines de mètres de là, dans son jardin d’Highbury. Le pari, même abordé en toute décontraction, semblait osé. Les légendes ne meurent jamais dit-on. Leur image peut parfois souffrir de reconversions hasardeuses ou d’un come back raté. Le syndrome Björn Borg!

Un risque qui donne encore plus d’écho à ce que nous avons vécu le lundi 9 janvier 2012. Ce jour-là, « un fan a inscrit un but pour son club d’Arsenal ». Un but synonyme de qualification. Un exploit unique. Porté par 60 000 spectateurs et quelques centaines de millions autour du globe, Titi est entré en jeu. Pour quelques minutes, qui resteront une éternité. Un appel, un contrôle et une frappe enroulée plus tard, la légende renaît. Maître parmi les maîtres, le buteur signe son chef d’oeuvre par une aisance et un style si particuliers. Wenger avouera même que ce genre de choses n’arrive jamais dans la réalité. Wojciech Szczesny, gardien d’Arsenal, ira de son tweet «Le 9 janvier, j’étais là quand Thierry Henry a inscrit un but victorieux, pour son retour à AFC ».

Souvent impassible, presque froid, après chacun des innombrables buts de sa longue carrière, Henry laisse soudain place à Thierry, le môme passionné de foot qui vient d’inscrire le but le plus fort de sa vie. Sa joie est pure. Simple. Entière et communicative. Les frissons nous envahissent. Dans cinquante ans, il sera temps de raconter pourquoi une seconde statue de Titi a été placée aux côtés de celle d’Henry. De star à fan héroïque, ce joueur unique a définitivement changé de statut : celui d’un immortel d’Arsenal.

Jean-Charles Berton, Directeur de la publication

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