TSL #5 avec Bacary Sagna
Londres d'un doute
L’autre jour, un ami peu au fait de la chose du sport me demandait en quoi le foot anglais était un spectacle aussi extraordinaire qu’on le raconte. « Je pige pas, me dit-il. Le foot anglais, c’est des bourrins, du fric, des scandales sexuels et des supporters fans de provoc’ et de picole».
Comment vous dire que je partais de loin, ce jour-là ? Comment ne pas concéder, à la lecture de l’Histoire et de la presse people, que le tableau païen qu’il venait de dresser avait sa part de vérité, aussi difficile à entendre soit-elle ? Comment lui expliquer, enfin, que le foot anglais était fait de deux mondes : celui du jeu et du hors jeu?
J’ai commencé par lui expliquer qu’au départ était George Best. Une bête de style et de comptoir. Le cinquième Beatle et sa énième « bottle ». Red Devil et raide souvent. J'ai raconté ses buts, sa gloire, ses déboires, sa légende. J’ai osé un raccourci en affirmant que la Premier League et ses joueurs aussi hallucinants sur le pré que borderline en privé étaient un peu l’héritage de ce gars là. Gascoigne, Cantona, Beckham, Ronaldo, Rooney ont tous participé à ce désordre ambiant.
Tous ont été aussi fantasques que magiques, aussi patraques qu’idylliques sur et en dehors du terrain, ai-je tenté d’expliquer. Tous ont donné du corps et du désaccord à ce championnat. Tous ont perpétué cette tradition… Entre le Ballon d’or et le barreau gore. Mon ami m’a écouté, l’air grave. Fin connaisseur du 7e art, il m’a rappelé que les plus grands noceurs – « et les plus grands connards » (sic) - du cinéma étaient aussi les meilleurs acteurs que la Terre ait connus. Pas faux. On a tissé des parallèles. On a ri. Beaucoup.
Et on a presque fini pas être d’accord. Pourquoi presque ? Parce que mon ami a fini par me dire qu’un bon film dans une salle obscure valait tous les spectacles du monde. Et qu’un public cinéphile était forcément plus esthète qu’un kop de supporters. Cliché. Préjugé.
Las… J’aurais voulu l’emmener illico à l’Emirates ou à Stamford Bridge. Pour lui injecter, in vivo, le shot d’adrénaline que ce genre d’instant procure. Pour qu’il comprenne enfin la vibration d’un stade à l’entrée des joueurs, la voix rauque et stimulante du speaker, le coup de sifflet du « ref », le son des premiers tacles glissés, la magie du reste… J’avais envie d’être à Londres pour qu’il comprenne tout ça. J’avais envie qu’il préfère le foot au cinéma. Il a promis de venir. Et vous ?
Mathieu le Maux, Rédacteur en chef
