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TSL numero 10

TSL #10 avec Louis Saha

Le numéro 10 qui (m’a) fait rêver

Il arrive que l’on me pose la question. Pourquoi avoir choisi ce métier ? La réponse est souvent convenue, car il serait trop long de donner la vraie raison. Le lucratif business du sport ? Un créneau opportun à saisir ? Non, rien de tout cela. La réponse est bien plus simple. Plus profonde également. Elle remonte à l’enfance, là où tout se construit diront certains psys. La mienne, plutôt normale et heureuse, aux pieds de mes volcans d’Auvergne, a été bercée par les exploits d’un numéro 10 au physique ordinaire mais à la vista extraodinaire.

Mon 10 est celui de toute une génération, tant il a su démontrer qu’un gars presque comme les autres pouvait devenir l’idole d’un peuple.

Revoir la rétro proposée par beIN Sport n’a fait que ranimer et confirmer ce sentiment enfoui. Car dans la cour de mon école, comme dans le jardin familial, j’étais ce numéro 10. Ne laissant à mon petit frère que le loisir de devenir le Giresse d’un soir. Je tirais les coups francs comme lui, faisais acheter du Fruité à mes parents - le sponsor inscrit sur le maillot de Nancy offert par mon parrain.

Plus tard, je m’intéresserai même à KB Jardin ou à Ariston ! Car l’apogée de cette histoire s’écrit en Noir & Blanc (avec les rayures adaptées) et surtout en Bleu. Je suis de cette génération qui soutenait les beautiful loosers comme aiment les appeler Darren.

Les enfants qui ont pleuré devant la sortie de Battiston et haï Harald Shumacher pour le reste de leur vie. De ces mômes qui ne refaisaient pas le match sur une “play”, mais bel & bien en short et maillot réplica dans le jardin jusqu’à la nuit tombée.

C’est dans ces matches - notre madeleine de Proust - qu’est véritablement née une passion, aujourd’hui devenue un peu plus qu’un métier. J’ai découvert plus tard que mon numéro 10 n’était probablement pas le joueur le plus disponible ou le plus proche de ses fans. Préférant même parfois poursuivre une partie de cartes, à descendre satisfaire l’attente de quelques fans guettant un autographe. Mais qu’importe. Mon numéro 10 a permis à des millions de personnes de rêver. Sans retenue ou réserve possible.

Revoir les images sur beIN Sport et entendre le Parc des Princes vibrer à l’unisson, c’est retrouver la saveur du foot que j’aime. Du foot Bleu, Blanc, Rouge et du coq fièrement dressé, sans risquer le moindre amalgame, ou allusion.

Aujourd’hui, j’ai l’âge de Zidane. Mais mon numéro 10, c’est Michel. C’est platoche. C’est ce freluquet, à peine souriant et toujours très fier. C’est l’ambitieux doué, qui a ouvert l’horizon et indirectement guidé mon projet de vie. C’est la mission du sport et de ses icônes. Alors Monsieur Platini, vous vous en moquez certainement comme de votre premier maillot de foot, mais vous m’avez fait rêver. Je vous croise chaque année à Monaco avec l’UEFA. Et chaque été je repense à mon frère. Nos parties de foot. A nos parents qui désespéraient de nous voir rentrer à la maison. Et je suis simplement content d’avoir choisi cette vie.

Alors quand une bande de merdeux tente de kidnapper mes rêves, je repense au baron, père de l’esprit olympique qui animera la planète cet été :« Un seul sport n’a connu ni arrêts ni reculs : le football. A quoi cela peut-il tenir sinon à la valeur intrinsèque du jeu lui-même, aux émotions qu’il procure, à l’intérêt qu’il présente ? » Pierre de Coubertin. Les temps changent, mais nous nous efforçons de conserver intactes ces émotions. Ce TSL #10 est forcément symbolique.

Jean-Charles Berton, Directeur de la publication

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